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Prince Hall demeure une figure largement méconnue de l’histoire maçonnique européenne, alors même que son parcours met à l’épreuve certains des principes les plus fondamentaux de la franc-maçonnerie. À travers l’expérience initiée par Prince Hall à la fin du XVIIIe siècle, c’est la question de l’universalisme maçonnique qui se trouve posée de manière concrète, dans un contexte marqué par l’exclusion raciale et le refus de reconnaissance institutionnelle. Loin d’avoir fondé une franc-maçonnerie de rupture, Prince Hall a cherché à inscrire son œuvre dans une stricte continuité initiatique. Que révèle aujourd’hui encore l’héritage de Prince Hall sur la capacité de la franc-maçonnerie à demeurer fidèle à ses idéaux lorsqu’ils sont mis à l’épreuve de l’histoire ?

Prince Hall, une figure fondatrice entre histoire et incertitude

Les origines de Prince Hall demeurent incertaines, comme c’est souvent le cas pour les hommes issus de l’esclavage au XVIIIe siècle. Les sources divergent quant à son lieu et à sa date de naissance, certaines évoquant la Barbade autour de 1735, d’autres Boston quelques années plus tard. Cette zone d’ombre n’est pas un simple détail biographique : elle éclaire la condition même de Prince Hall, situé dès l’origine dans un entre-deux juridique et social, ni pleinement reconnu, ni totalement invisible.

Prince Hall, fondateur de la franc-maçonnerie afro-américaine

Une certitude s’impose toutefois. Affranchi officiellement en 1770, Prince Hall est déjà décrit dans l’acte de manumission comme ayant toujours été considéré comme un homme libre. Cette mention singulière suggère une liberté de fait antérieure à la liberté de droit, et donne à la trajectoire de Prince Hall une profondeur symbolique particulière : celle d’un homme qui agit en homme libre avant même que les institutions ne le reconnaissent comme tel. Cette tension entre liberté intérieure et reconnaissance extérieure traversera toute son œuvre maçonnique et expliquera en grande partie la naissance de la franc-maçonnerie afro-américaine.


L’entrée de Prince Hall en franc-maçonnerie, entre idéal et refus

L’adhésion de Prince Hall à la franc-maçonnerie procède d’une démarche cohérente avec son engagement civique et moral. Dans une Amérique encore profondément marquée par la ségrégation, la franc-maçonnerie apparaissait comme l’un des rares espaces où l’égalité entre les hommes était affirmée en principe. Prince Hall y vit la possibilité d’une reconnaissance fondée non sur l’origine, mais sur la valeur morale et initiatique de l’individu.

La première demande d’initiation, présentée avec quatorze autres hommes noirs affranchis auprès d’une loge de Boston, se heurta un refus. Cet échec révèle une tension fondamentale : l’universalisme maçonnique proclamé se heurtait à des pratiques d’exclusion bien réelles. En 1775, Prince Hall et ses compagnons furent finalement reçus dans une loge militaire dépendant de la Grande Loge d’Irlande. Cette initiation, pleinement régulière sur le plan maçonnique, ne déboucha pourtant pas sur une intégration normale au paysage maçonnique local.

Après le départ des troupes britanniques, la création de l’African Lodge marqua une étape décisive. Autorisée à se réunir mais privée du droit d’initier, cette loge fut maintenue dans une situation ambiguë, tolérée sans être reconnue. Cette mise à l’écart institutionnelle éclaire le paradoxe central vécu par Prince Hall : être franc-maçon en droit, mais tenu à distance en fait. Cette contradiction structurelle allait devenir le ferment d’une franc-maçonnerie afro-américaine autonome, non par volonté de séparation, mais par nécessité de survie initiatique.


L’African Lodge, une franc-maçonnerie empêchée de se transmettre

La création de l’African Lodge plaça pour la première fois la franc-maçonnerie face à une situation inédite : l’existence d’un atelier régulier, composé d’hommes initiés selon les règles, mais maintenu durablement hors du circuit normal de la transmission. Ce n’était plus seulement une question d’admission ou de reconnaissance ponctuelle, mais l’installation d’une anomalie durable dans l’ordre maçonnique, où la filiation initiatique se trouvait suspendue sans être rompue.

En refusant à l’African Lodge la faculté d’initier, les autorités maçonniques locales entendaient manifestement contenir, voire épuiser, cette expérience naissante. Une loge privée de transmission est une loge vouée à disparaître. Ce choix révèle une conception restrictive de l’universalisme maçonnique, réduit à un principe abstrait dès lors qu’il devait s’incarner dans une réalité sociale jugée dérangeante.

La réponse de Prince Hall ne fut ni la rupture ni la révolte. Elle fut juridique, maçonnique et patiente. En sollicitant une patente régulière directement auprès de Londres, l’African Lodge affirma son attachement à la régularité et à la continuité initiatique. L’obtention de cette patente en 1784 transforma l’African Lodge en loge pleinement reconnue, capable de transmettre la franc-maçonnerie sans dépendre d’instances locales hostiles. Ce choix fondateur allait faire de l’African Lodge la véritable mère-loge de la franc-maçonnerie afro-américaine.


La structuration des Grandes Loges Prince Hall au XIXe siècle

La démarche engagée par Prince Hall et ses Frères après l’obtention de la patente londonienne ne relevait pas d’un esprit de sécession, mais d’une volonté de continuité. En fondant de nouvelles loges à partir de l’African Lodge, d’abord à Philadelphie puis à Providence en 1797, ils ne créaient pas une franc-maçonnerie parallèle, mais étendaient une filiation initiatique devenue enfin opérante. La multiplication des ateliers traduisait moins une stratégie d’expansion qu’une nécessité vitale : celle de permettre à la franc-maçonnerie afro-américaine de se transmettre normalement.

La mort de Prince Hall en 1807 ne mit pas fin à cette dynamique. Dès le 24 juin 1808, les trois African Lodges existantes constituèrent l’African Grand Lodge of Massachusetts. Ce passage à l’échelon obédientiel marque une étape décisive. Pour la première fois, une Grande Loge afro-américaine assumait pleinement les responsabilités maçonniques, sans dépendre d’instances extérieures susceptibles de bloquer son développement.

Temple historique de la première African Lodge à Boston, Massachusetts

L’African Grand Lodge of Massachusetts se déclara indépendante de la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1827, affirmant ainsi sa pleine souveraineté maçonnique. Ce choix ne demeura pas isolé. Dans les années qui suivirent, les loges afro-américaines constituées dans d’autres États adoptèrent à leur tour le modèle américain d’une Grande Loge par État, donnant naissance à plusieurs obédiences afro-américaines autonomes.

En 1847, ces différentes Grandes Loges décidèrent de s’unir dans une structure fédérale prenant le nom de Prince Hall Grand Lodge, afin d’affirmer leur origine commune et de renforcer leur cohérence institutionnelle. Deux ans plus tard, en 1849, un schisme intervint. Certaines loges, minoritaires, privilégiant l’héritage direct des trois African Lodges historiques, se séparèrent pour former une National Grand Lodge unifiée, connue sous le nom de Prince Hall Origin (PHO). Les Grandes Loges demeurées dans le cadre fédéral adoptèrent alors l’appellation de Prince Hall Affiliated (PHA).


Conclusion – Prince Hall, le refus de la ségrégation inversée

L’un des faits les plus remarquables de l’histoire de la franc-maçonnerie afro-américaine réside moins dans les discriminations qu’elle a subies que dans la manière dont elle a choisi d’y répondre. Née dans un contexte de ségrégation raciale assumée par une partie de la société américaine, la franc-maçonnerie issue de Prince Hall aurait pu, par réaction, reproduire une logique de séparation inversée. Elle ne l’a pas fait. Dès son origine, l’appartenance à une loge Prince Hall n’a jamais été conditionnée par l’origine ethnique, mais par les critères maçonniques communs à toutes les obédiences régulières.

Ce choix n’allait nullement de soi. D’autres mouvements afro-américains, engagés dans la lutte pour l’émancipation, ont fait le choix compréhensible du repli communautaire ou de l’exclusion réciproque. La franc-maçonnerie de Prince Hall a suivi une autre voie. Elle n’a pas instrumentalisé l’Ordre pour défendre une cause identitaire, mais a au contraire maintenu l’exigence initiatique comme principe supérieur, refusant de transformer une discrimination subie en principe de fonctionnement.

En ce sens, la franc-maçonnerie de Prince Hall ne constitue pas seulement une réponse historique à la ségrégation, mais une leçon maçonnique durable. Elle montre que l’universalité n’est pas un slogan destiné à masquer les fractures du réel, mais une discipline exigeante, capable de résister à la tentation du ressentiment comme à celle de la revanche. C’est sans doute là que réside la portée la plus profonde de l’héritage de Prince Hall, et la raison pour laquelle son expérience mérite d’être méditée bien au-delà du seul contexte afro-américain.

Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante.

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FAQ – La franc-maçonnerie de Prince Hall 

1 Qui était Prince Hall ?

Prince Hall était un homme noir affranchi du XVIIIe siècle, initié franc-maçon en 1775, et considéré comme le fondateur de la franc-maçonnerie afro-américaine à l’origine des Grandes Loges dites Prince Hall.

2 Qu’est-ce que la franc-maçonnerie de Prince Hall ?

La franc-maçonnerie de Prince Hall désigne l’ensemble des loges et Grandes Loges issues de l’African Lodge fondée à Boston à la fin du XVIIIe siècle, constituées afin de permettre une pratique maçonnique régulière dans un contexte de ségrégation.

3 Pourquoi les francs-maçons noirs n’étaient-ils pas admis dans les loges américaines ?

À l’époque de Prince Hall, de nombreuses loges américaines refusaient l’admission des hommes noirs pour des raisons sociales et raciales, malgré les principes d’égalité affirmés par la franc-maçonnerie.

4 La franc-maçonnerie Prince Hall est-elle régulière ?

Sur le plan historique et initiatique, la franc-maçonnerie de  Prince Hall repose sur des initiations régulières et des patentes légitimes. Les controverses ont surtout porté sur sa reconnaissance institutionnelle.

5 Pourquoi l’African Lodge a-t-elle demandé une patente à Londres ?

Privée du droit d’initier par les autorités maçonniques locales, l’African Lodge a sollicité une patente directement auprès de Londres afin d’assurer la continuité et la légitimité de la transmission initiatique.

6 Qu’est-ce que la Prince Hall Grand Lodge ?

La Prince Hall Grand Lodge est une structure fédérale créée en 1847 pour réunir plusieurs Grandes Loges afro-américaines partageant une origine commune issue de l’œuvre de Prince Hall.

7 Quelle est la différence entre Prince Hall Affiliated et Prince Hall Origin ?

Les Prince Hall Affiliated regroupent les Grandes Loges restées dans le cadre fédéral après 1847, tandis que les Prince Hall Origin proviennent du schisme de 1849 et se réclament de l’héritage direct des trois African Lodges historiques.

8 La franc-maçonnerie Prince Hall est-elle réservée aux Afro-Américains ?

Non. Les loges Prince Hall n’ont jamais imposé de critère ethnique et accueillent des membres de toute origine selon les critères maçonniques habituels.

9 Quel est l’intérêt universel de l’expérience Prince Hall ?

L’intérêt essentiel réside dans le refus, par la franc-maçonnerie de Prince Hall, de reproduire la ségrégation qu’elle avait elle-même subie, en maintenant une ouverture conforme aux principes maçonniques.

10 Pourquoi Prince Hall reste-t-il peu connu en Europe ?

Prince Hall reste peu connu en Europe parce que l’histoire de la franc-maçonnerie y est le plus souvent abordée à partir de ses développements nationaux et continentaux, laissant en marge des expériences maçonniques nées dans des contextes historiques et sociaux extra-européens.


Retrouvez ici la retranscription complète du podcast pour ceux qui préfèrent la lecture ou souhaitent approfondir les échanges.

Podcast – Prince Hall, ou le refus de transmettre la ségrégation

On parle souvent de Prince Hall comme d’un fondateur. C’est vrai. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Car ce que Prince Hall a fondé n’est pas seulement une structure maçonnique afro-américaine. Il a surtout inauguré une manière de rester maçon, là où tout poussait à cesser de l’être.

Prince Hall naît au dix-huitième siècle, dans un monde où la couleur de peau détermine la place sociale, juridique, humaine. Ses origines exactes restent floues. Barbade ou Boston, peu importe finalement. Ce qui compte, c’est cette condition initiale d’homme tenu à distance, même lorsqu’il est reconnu libre en droit, en mille sept cent soixante-dix.

Très tôt, Prince Hall s’engage pour l’éducation des enfants noirs, pour l’abolition de l’esclavage, pour l’égalité des droits. Il croit, comme beaucoup, qu’une Amérique nouvelle saura tenir ses promesses. Il se trompe. Mais il ne renonce pas.

Lorsqu’il découvre la franc-maçonnerie, il y voit un espace où l’égalité ne devrait pas être un mot creux. Il présente une demande d’initiation avec quatorze autres hommes noirs affranchis. Le refus est net. Sans ambiguïté.

Il faudra attendre mille sept cent soixante-quinze pour que Prince Hall et ses compagnons soient initiés, dans une loge militaire dépendant de la Grande Loge d’Irlande. Une initiation régulière, incontestable. Et pourtant, une reconnaissance toujours refusée par les loges locales après le départ des troupes britanniques.

C’est là que commence vraiment l’histoire.

Car l’African Lodge existe. Elle travaille. Mais on l’empêche de transmettre. Elle est tolérée, non reconnue. Franc-maçonnerie amputée de son cœur même : la transmission initiatique.

La plupart auraient rompu. Prince Hall choisit une autre voie. Il demande une patente directement à Londres. Elle est accordée en mille sept cent quatre-vingt-quatre. La filiation est rétablie. La transmission devient possible. Sans provocation. Sans rupture rituelle. Sans discours vindicatif.

Après la mort de Prince Hall, en mille huit cent sept, l’œuvre se poursuit. En mille huit cent huit, naît l’African Grand Lodge of Massachusetts. En mille huit cent vingt-sept, elle se déclare indépendante. D’autres États suivent. En mille huit cent quarante-sept, les Grandes Loges s’unissent sous le nom de Prince Hall Grand Lodge. Puis viennent les divisions, les schismes, les structures concurrentes.

Tout cela est important. Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est que jamais la franc-maçonnerie issue de Prince Hall n’a reproduit la ségrégation qu’elle avait subie. Jamais elle n’a réservé l’initiation à une origine ethnique. Jamais elle n’a transformé une injustice vécue en principe d’exclusion.

C’est là que se situe le point de vérité. D’autres mouvements afro-américains ont choisi le repli, parfois la séparation. C’était humainement compréhensible. La franc-maçonnerie Prince Hall a refusé cette tentation. Elle n’a pas utilisé l’Ordre comme un outil de revanche. Elle a maintenu l’exigence maçonnique là où tout invitait à la relâcher.

Prince Hall n’a pas cherché à prouver que la franc-maçonnerie avait tort. Il a montré, silencieusement, ce qu’elle pouvait être.

Et c’est peut-être pour cela que son héritage reste dérangeant. Parce qu’il ne permet aucune excuse. Parce qu’il oblige à choisir.

21 janvier, 2026
Balises: Histoire