Les femmes en franc-maçonnerie : histoire, résistances et reconnaissances
Des femmes en franc-maçonnerie : le sujet continue de susciter débats, crispations et malentendus. Pour certains, la présence des femmes en Loge relèverait d’une évidence au nom de l’égalité ; pour d’autres, elle constituerait une rupture avec une tradition jugée intangible. Mais que recouvre réellement cette opposition ? La question des femmes en franc-maçonnerie est-elle d’ordre symbolique, initiatique ou simplement le reflet de conventions sociales héritées de leur époque ? En retraçant l’histoire des femmes en franc-maçonnerie, depuis les refus initiaux jusqu’aux formes féminines et mixtes contemporaines, cet article propose de déplacer le regard : non pour trancher un débat idéologique, mais pour comprendre ce qui, dans la pratique maçonnique, a longtemps résisté… puis évolué.
- 1. La franc-maçonnerie est-elle réellement fondée sur l’exclusion des femmes ?
- 2. Symbolisme, métier et différence des sexes
- 3. Les arguments fallacieux : nature féminine et tradition
- 4. Les premières initiations féminines : exceptions révélatrices
- 5. L’Adoption : ouverture contrôlée ou mise à distance ?
- 6. De la demi-mesure à l’égalité initiatique
- 7. Franc-maçonnerie féminine et reconnaissance aujourd’hui
- 8. Conclusion – Femmes en franc-maçonnerie et reconnaissance initiatique
- 9. FAQ – Femmes et franc-maçonnerie : ce qu’il faut comprendre
- 10. Podcast – Femmes en franc-maçonnerie : de l’exclusion à la reconnaissance
La franc-maçonnerie est-elle réellement fondée sur l’exclusion des femmes ?
La tradition issue de la première franc-maçonnerie spéculative anglaise est sans ambiguïté : les femmes n’y ont pas leur place. Ce principe, érigé en critère de régularité par la Grande Loge Unie d’Angleterre, demeure aujourd’hui encore l’un des marqueurs identitaires des Obédiences dites régulières, qui refusent toute reconnaissance aux Loges ou Obédiences initiant des femmes. Le constat est donc clair sur le plan institutionnel. Mais suffit-il à conclure que la franc-maçonnerie serait, par essence, hostile ou misogyne ?
La question mérite d’être déplacée. Car une règle peut relever moins d’un fondement initiatique que d’un contexte social. La franc-maçonnerie naît et se structure dans une société où l’exclusion des femmes de l’espace public, politique et intellectuel va largement de soi. Faut-il alors voir dans cette exclusion un principe symbolique indépassable, ou l’héritage de conventions propres à une époque donnée ? Autrement dit, le refus des femmes procède-t-il d’une nécessité maçonnique, ou d’une conformité sociale que la franc-maçonnerie, comme d’autres institutions, a longtemps reconduite sans la questionner ?
Symbolisme, métier et différence des sexes
Les opposants à la présence des femmes en Loge invoquent souvent le symbolisme maçonnique pour justifier leur exclusion. La franc-maçonnerie serait fondée sur un langage issu d’un métier historiquement masculin, celui de maçon, et ne pourrait donc s’adresser qu’à des hommes. L’argument paraît cohérent au premier abord, mais il ne résiste ni à l’examen symbolique, ni à l’examen historique.
Le symbolisme maçonnique repose en effet largement sur des couples de contraires appelés à être mis en tension puis dépassés. Soleil et Lune, blanc et noir du Pavé mosaïque, Colonnes B et J : loin d’exclure la polarité, la franc-maçonnerie en fait l’un des moteurs de son travail initiatique. Elle invite le franc-maçon à reconnaître en lui-même cette dualité, à la traverser et à la réconcilier. Il serait dès lors paradoxal que la différence sexuelle, forme la plus immédiatement perceptible de la dualité humaine, constitue une limite infranchissable là où toutes les autres sont appelées à être travaillées.
Illustration tirée de La Cité des Dames de Christine de Pizan (1405), représentant des femmes bâtissant et élevant symboliquement une cité fortifiée.
Quant à l’argument du métier, il repose sur une vision simplifiée de l’histoire. S’il est exact que les métiers du bâtiment furent majoritairement masculins, ils n’exclurent jamais totalement les femmes. Les sources médiévales attestent la présence de femmes exerçant le métier de maçon, parfois jusqu’à des fonctions de maîtrise d’œuvre. L’idée d’un symbolisme intrinsèquement réservé aux hommes apparaît ainsi moins comme une nécessité initiatique que comme une projection tardive, destinée à justifier une exclusion déjà acquise.
Les arguments fallacieux : nature féminine et tradition
Lorsque l’argument symbolique peine à convaincre, un autre discours apparaît parfois, plus insidieux encore. Les femmes, dit-on, seraient naturellement initiées. Leur sensibilité, leur rapport à la vie, à la naissance ou à la mort les rendraient spontanément réceptives à ce que l’initiation maçonnique cherche à éveiller chez les hommes. Elles n’auraient donc rien à gagner à être reçues en Loge. Présenté comme un hommage, cet argument fonctionne en réalité comme une mise à l’écart polie. Il nie aux femmes le droit à une démarche initiatique consciente, structurée et transmise, tout en les renvoyant à une supposée essence qui les dispenserait de tout travail.
La référence à la tradition historique ne résiste guère mieux à l’analyse. On affirme volontiers que la franc-maçonnerie spéculative n’aurait jamais admis de femmes, comme si cette exclusion relevait d’un consensus immémorial. Or cette unanimité est largement reconstruite a posteriori. Elle reflète surtout la volonté, au XVIIIe siècle, de stabiliser une identité maçonnique conforme aux usages sociaux dominants. La tradition invoquée apparaît alors moins comme un héritage initiatique que comme une justification rétrospective. Ce glissement est révélateur : ce que l’on présente comme intangible relève souvent davantage de l’habitude que de la nécessité.
Les premières initiations féminines : exceptions révélatrices
Si l’on s’en tient à une lecture strictement normative de l’histoire de la franc-maçonnerie, la présence de femmes en Loge relèverait de l’impossibilité absolue. Pourtant, certains épisodes viennent fissurer ce récit trop lisse. Ils demeurent rares, marginaux, parfois entourés d’un halo de légende, mais leur simple existence suffit à interroger la nature réelle de l’interdit.
Le cas le plus ancien est celui d’Elisabeth Aldworth, en Irlande, en 1712. Surprenant les travaux d’une Loge tenue dans le manoir familial, elle fut découverte par les Frères. La tradition rapporte qu’un choix lui fut alors imposé : l’initiation ou la mort. Elle choisit l’initiation et demeura membre de la Loge jusqu’à sa mort. Que le récit ait été partiellement romancé importe finalement peu. Ce qui compte, c’est qu’il ait été transmis. Il atteste qu’en dépit des usages, l’initiation d’une femme n’était pas perçue comme une impossibilité de principe, même dans un contexte anglo-saxon réputé hostile à toute transgression.
Portrait d’Elisabeth Aldworth, initiée en 1712 en Irlande, représentée portant un tablier maçonnique.
Quelques décennies plus tard, nous trouvons un autre exemple éclairant. Convaincu que les femmes disposaient d’une sensibilité spirituelle les rendant particulièrement aptes à l’initiation, Jean-Baptiste Willermoz fit initier sa sœur Claudine-Thérèse Provensal au sein de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers de Martinès de Pasqually, où elle atteignit le plus haut degré, Réau-Croix. Il ne s’agit pas d’un mouvement collectif, mais d’un choix assumé, révélateur d’une conviction : rien, dans la structure initiatique elle-même, ne rendait cette initiation inconcevable.
Ces deux cas ne sauraient être érigés en modèle. Ils n’en demeurent pas moins éclairants. Ils montrent que l’exclusion des femmes ne reposait pas sur une impossibilité symbolique ou rituelle, mais sur des équilibres sociaux, moraux et culturels que l’on jugeait préférable de ne pas bousculer. En ce sens, ces exceptions ne sont pas des accidents de l’histoire : elles révèlent, en creux, la nature véritable de la règle.
L’Adoption : ouverture contrôlée ou mise à distance ?
Hormis ces cas isolés, la première tentative d’ouverture plus large aux femmes ne prit pas la forme d’une initiation pleine et entière, mais celle d’un compromis. Elle apparut dans la franc-maçonnerie française du XVIIIe siècle, dans un contexte culturel très différent de celui de l’Angleterre. Là où le monde anglo-saxon privilégiait le modèle du club masculin fermé, la France voyait s’épanouir les salons littéraires, souvent animés par des femmes, où se croisaient philosophes, écrivains et savants. Cette sociabilité mixte, marquée par l’esprit de conversation et de galanterie, rendait plus difficile l’exclusion totale des femmes des pratiques maçonniques.
C’est dans ce cadre que naquit la franc-maçonnerie d’Adoption. À partir des années 1740, des rituels spécifiques furent élaborés pour permettre aux femmes de participer à des travaux maçonniques conçus à leur intention. Il ne s’agissait pas des rituels de la franc-maçonnerie spéculative proprement dite, mais de cérémonies morales et symboliques simplifiées, insistant davantage sur les vertus que sur la démarche initiatique. La structure même de ces Loges trahissait leur statut ambigu : toujours souchées sur une Loge masculine, elles demeuraient placées sous tutelle, leurs travaux étant présidés par un collège dédoublé associant Sœurs et Officiers issus de la « vraie Loge ».
La reconnaissance officielle de ces Loges par le Grand Orient de France en 1774 ne modifia pas cette dépendance. L’Adoption constitua ainsi une forme d’ouverture limitée, socialement acceptable, mais initiatiquement incomplète. Les femmes y étaient admises, non comme sujets pleinement engagés dans une voie maçonnique autonome, mais comme participantes à une pratique dérivée, soigneusement circonscrite. Sous couvert d’inclusion, la franc-maçonnerie d’Adoption maintenait une distance qui révélait, une fois encore, que l’obstacle n’était pas d’ordre symbolique, mais relevait d’un équilibre social que l’on se refusait encore à bouleverser.
De la demi-mesure à l’égalité initiatique
La franc-maçonnerie d’Adoption et les différentes formes de structures para-maçonniques ouvertes aux femmes avaient en commun de ne jamais remettre en cause le principe d’une hiérarchie implicite entre les sexes. Elles offraient une participation encadrée, parfois valorisante sur le plan moral ou social, mais sans reconnaître aux femmes une pleine capacité initiatique. L’égalité n’y était ni recherchée ni même envisagée.
La rupture intervient dans un tout autre contexte, celui de la France de la fin du XIXe siècle. Les revendications féminines ne relèvent plus alors de la sociabilité mondaine, mais d’un combat politique et civique. La question de l’égalité des droits s’impose dans l’espace public, et la franc-maçonnerie ne peut rester indifférente à ce mouvement. C’est dans ce cadre qu’en 1882 une Loge de la Grande Loge Symbolique Écossaise initia Maria Deraismes. L’événement provoqua un scandale immédiat et une réaction disciplinaire rapide : la Loge fut suspendue, puis réintégrée à la condition expresse que le nom de Maria Deraismes disparaisse de ses tableaux.
Portrait de Maria Deraismes, initiée en 1882, représentée portant le sautoir de Vénérable Maître.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais en 1893, Maria Deraismes, avec l’appui de Georges Martin, franchit un pas décisif en initiant seize femmes et en fondant une Obédience nouvelle, explicitement mixte. Avec le Droit Humain, l’initiation des femmes cesse d’être une tolérance ou une exception : elle devient un principe. Hommes et femmes y sont reçus sur un pied strictement égal, selon les mêmes rites et les mêmes exigences. Pour la première fois, l’égalité initiatique n’est plus une concession sociale, mais un choix fondateur, assumé comme tel.
Franc-maçonnerie féminine et reconnaissance aujourd’hui
La création d’Obédiences mixtes ne constitua pas la seule réponse apportée à la question de l’initiation des femmes. En France, une autre voie fut explorée : celle d’une franc-maçonnerie exclusivement féminine, pratiquant les mêmes rites que les hommes. En 1907, la Grande Loge de France relança des Loges d’Adoption selon des formes rénovées. De ce mouvement naquit, après les interruptions dues à la Seconde Guerre mondiale, l’Union Maçonnique Féminine de France, fondée en 1945, qui prit en 1952 le nom de Grande Loge Féminine de France. Celle-ci abandonna progressivement le Rite d’Adoption pour adopter le Rite Écossais Ancien Accepté, puis le Rite Français et le Régime Écossais Rectifié.
Une franc-maçonnerie féminine autonome, pleinement initiatique, voyait ainsi le jour. Elle ne se présentait plus comme une adaptation ou une concession, mais comme une pratique complète, assumée, et comparable en tout point, du point de vue rituel, à celle des Obédiences masculines. Ce modèle essaimera rapidement hors de France, notamment en Suisse, en Belgique, en Italie, au Portugal, en Espagne ou encore en Amérique latine. Parallèlement, d’autres Obédiences mixtes furent créées, souvent issues du Droit Humain, tandis que certaines structures adoptèrent des formes plus souples, laissant à chaque Loge le choix d’être masculine, féminine ou mixte.
Aujourd’hui, les femmes peuvent être initiées dans un grand nombre de Loges et d’Obédiences relevant de la franc-maçonnerie libérale, qu’elles soient mixtes ou féminines. Même des Obédiences historiquement masculines, comme le Grand Orient de France, ont ouvert cette possibilité à partir de 2010, sans pour autant devenir mixtes en tant que telles. Le paysage est donc profondément transformé. Et pourtant, une question demeure. Tant que certaines Obédiences, au nom de la régularité ou d’une conception figée de la tradition, refuseront toute reconnaissance aux Sœurs et aux Loges qui les initient, l’égalité initiatique restera incomplète. Ce n’est plus l’accès au temple qui fait débat, mais la reconnaissance de celles qui y travaillent déjà.
Conclusion – Femmes en franc-maçonnerie et reconnaissance initiatique
L’histoire des femmes en franc-maçonnerie montre que leur exclusion ne reposait ni sur une impossibilité symbolique, ni sur une nécessité rituelle, mais sur des conventions sociales longtemps tenues pour indiscutables. À mesure que ces conventions ont été interrogées puis dépassées, les formes féminines et mixtes de la franc-maçonnerie se sont imposées comme des pratiques initiatiques à part entière. La question qui se pose désormais n’est plus celle de la légitimité de leur présence, mais celle de leur reconnaissance. Tant que cette reconnaissance restera partielle, le débat sur les femmes en franc-maçonnerie demeurera ouvert, non comme une revendication sociale, mais comme un enjeu proprement maçonnique.
Par Ion Rajolescu, rédacteur en chef de Nos Colonnes — au service d’une parole maçonnique juste, rigoureuse et vivante
Découvrir les décors de la Grande Loge Féminine de France
Explorez notre collection de décors dédiés aux Loges et aux Sœurs de la Grande Loge Féminine de France, conçus dans le respect des usages rituels et de l’exigence initiatique.
1 Les femmes ont-elles toujours été exclues de la franc-maçonnerie ?
Non. Si l’exclusion a été la norme dans la franc-maçonnerie spéculative anglo-saxonne, des exceptions existent dès le début du XVIIIe siècle, montrant qu’il ne s’agissait pas d’une impossibilité de principe mais d’un choix social et institutionnel.
2 L’exclusion des femmes repose-t-elle sur le symbolisme maçonnique ?
Rien, dans le symbolisme maçonnique, n’impose l’exclusion des femmes. La franc-maçonnerie travaille au contraire sur la complémentarité des contraires et sur leur dépassement, y compris dans leurs dimensions symboliques.
3 Le métier de maçon justifie-t-il une franc-maçonnerie exclusivement masculine ?
Non. Même si les métiers du bâtiment furent majoritairement masculins, ils n’exclurent jamais totalement les femmes. L’argument du métier ne suffit donc pas à fonder une exclusion initiatique.
4 Qu’est-ce que la franc-maçonnerie d’Adoption ?
Il s’agit de Loges féminines apparues en France au XVIIIe siècle, rattachées à des Loges masculines. Elles proposaient des rituels spécifiques, mais restaient sous tutelle et ne constituaient pas une initiation pleinement autonome.
5 Peut-on parler d’initiation véritable dans les Loges d’Adoption ?
Du point de vue initiatique, la franc-maçonnerie d’Adoption demeure une demi-mesure. Elle permettait une participation symbolique, mais sans reconnaissance d’une pleine égalité initiatique.
6 Quand apparaît la franc-maçonnerie mixte ?
La franc-maçonnerie mixte naît en France à la fin du XIXe siècle, avec l’initiation de Maria Deraismes en 1882, puis la fondation du Droit Humain en 1893, qui affirme explicitement l’égalité initiatique entre hommes et femmes.
7 Existe-t-il une franc-maçonnerie exclusivement féminine ?
Oui. La Grande Loge Féminine de France, fondée en 1952, pratique les mêmes rites que les Obédiences masculines, notamment le Rite Écossais Ancien Accepté, et constitue une franc-maçonnerie féminine autonome.
8 Les femmes sont-elles aujourd’hui largement admises en franc-maçonnerie ?
Oui, dans de nombreuses Obédiences mixtes ou féminines, ainsi que dans certaines Obédiences historiquement masculines relevant de la franc-maçonnerie libérale. En revanche, les Obédiences dites régulières maintiennent leur refus.
9 Pourquoi la reconnaissance reste-t-elle un enjeu central ?
Parce que l’initiation ne suffit pas à elle seule à garantir une pleine appartenance maçonnique. Tant que certaines Obédiences refusent toute reconnaissance aux Sœurs et aux Loges qui les initient, l’égalité demeure incomplète.
10 Le débat sur les femmes en franc-maçonnerie est-il clos ?
Non. Il s’est déplacé. Il ne porte plus sur la possibilité d’initier des femmes, mais sur la reconnaissance mutuelle entre Obédiences, enjeu profondément maçonnique et toujours ouvert.
Retrouvez ici la retranscription complète du podcast pour ceux qui préfèrent la lecture ou souhaitent approfondir les échanges.
Podcast – Femmes en franc-maçonnerie : de l’exclusion à la reconnaissance
La question des femmes en franc-maçonnerie continue de provoquer débats et crispations. Elle est souvent abordée sous l’angle de l’égalité ou de la tradition, comme s’il s’agissait d’un affrontement idéologique. Mais ce cadrage est trompeur. Car la vraie question n’est pas celle de l’opinion, mais celle du fondement initiatique.
La franc-maçonnerie spéculative moderne s’est construite dans un monde où l’exclusion des femmes de l’espace public allait de soi. Cette exclusion fut ensuite érigée en règle, puis en tradition. Mais une règle n’est pas nécessairement un principe, et une tradition n’est pas toujours fondée initiatiquement.
Rien, dans le symbolisme maçonnique, n’impose l’exclusion des femmes. La franc-maçonnerie travaille sur la dualité, sur la tension des contraires, sur leur dépassement. Soleil et Lune, blanc et noir, Colonnes opposées : tout dans le langage symbolique invite à penser la complémentarité plutôt que la fermeture.
L’histoire elle-même fissure le récit d’une impossibilité absolue. Dès mille sept cent douze, en Irlande, Elisabeth Aldworth est reçue franc-maçonne. Plus tard, Jean-Baptiste Willermoz fait initier sa sœur Claudine-Thérèse Provensal au sein de l’Ordre des Élus Coëns de l’Univers de Martinès de Pasqually, où elle atteint le degré de Réau-Croix. Ces cas sont rares, mais ils suffisent à montrer que l’interdit n’était pas d’ordre initiatique.
Au XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie d’Adoption proposa une ouverture contrôlée. Les femmes y étaient admises, mais dans des structures sous tutelle, sans autonomie réelle. Une demi-mesure, socialement acceptable, mais initiatiquement incomplète.
La rupture survient à la fin du XIXe siècle. En mille huit cent quatre-vingt-deux, Maria Deraismes est initiée. En mille huit cent quatre-vingt-treize, elle fonde avec Georges Martin une franc-maçonnerie explicitement mixte, fondée sur l’égalité initiatique. Pour la première fois, l’initiation des femmes devient un principe assumé.
Au XXe siècle, une autre voie s’ouvre avec la création d’une franc-maçonnerie exclusivement féminine, autonome, pratiquant les mêmes rites que les hommes. Les femmes n’y sont plus invitées, tolérées ou encadrées : elles y travaillent en pleine responsabilité.
Aujourd’hui, l’accès des femmes à l’initiation n’est plus le cœur du problème. La question s’est déplacée. Elle est désormais celle de la reconnaissance. Peut-on être pleinement maçon lorsque des pans entiers de la franc-maçonnerie refusent encore de reconnaître cette qualité ? Le débat n’est plus social. Il est profondément maçonnique.
VOGLIO RICEVERE NOTIZIE ED ESCLUSIVE!
Si tenga aggiornato sui nuovi post del blog, sulle novità e sulle promozioni di Nos Colonnes.
